Bergerie troglodyte

On l’appelle la bergerie de la Baume, le mot « bauma » désignant en Occitan une grotte, une cavité, un abri… Elle se trouve sur la commune de Vieussan, au-dessus du hameau du Pin, en direction de la tour qui le domine.

Un mur de pierres sèches, fort bien ajustées, ferme l’auvent d’un rocher et limite ainsi un couloir d’une vingtaine de mètres de long dont la largeur doit osciller entre un mètre et demi et deux mètres.

L’abri ainsi formé devait permettre à un troupeau composé d’un nombre réduit de moutons et de chèvres de se protéger du soleil aux heures les plus chaudes de la journée. Un escalier avait été prévu pour que les bêtes accèdent à la construction.

Ah, il y a sûrement longtemps qu’aucun ovin ou caprin n’a trouvé refuge ici mais autrefois l’élevage de petits troupeaux participait des activités agricoles que menaient, sur un terrain ingrat, les autochtones.

La perfection du mur est impressionnante. Bâti sur une plate-forme il atteint dans sa plus grande partie l’auvent qui surplombe celle-ci. Il développe ainsi une surface étendue et régulière. Quelques ouvertures ont été aménagées pour assurer l’aération. On imagine tout le travail et toute l’ingéniosité de celui qui l’a construit. On peut penser aussi que ce n’est pas l’œuvre d’un jour mais qu’à l’époque où il a été érigé le facteur temps n’était guère pris en compte dans le coût !





L’entrée de la bergerie


Le mur se développe
entre la plate-forme et l’auvent

 

On trouve des bergeries troglodytes du côté de Minerve. Plus près de nous, à Corneilhan, des remises avaient été réalisées en creusant des galeries dans le tuf. On peut en voir quelques-unes avec même encore, ici ou là, une charrette entreposée. Dans le circuit de randonnée qui suit les Gorges de Colombières on découvre aussi l’aménagement d’une cavité qui a dû être utilisé par des charbonniers.

Le val de Loire a connu un habitat troglodyte qui s’était bâti grâce à une roche tendre dans laquelle il était facile de ménager des excavations. On peut citer les villages de Troo dans le Loir et Cher, celui de Rochemenier dans le Maine et Loire… qui exploitent aujourd’hui cette richesse patrimoniale et touristique.

Les hommes préhistoriques ont largement utilisé les abris naturels que constituaient les auvents de roche, les entrées de grotte, les corniches… qu’ils ont, suivant les époques et les circonstances, pu aménager.

Le mot troglodyte a été calqué sur celui de Troglodyta qui est le nom d'un peuple d'Afrique. L’étymologie est grecque, trôglodutês venant de trôglê «trou», et dunein «s'enfoncer».

Jacques Cros

Reportage photos Paul Barbazange.