LES CIRCULADES




C’est le nom qui a été donné aux nombreux villages édifiés suivant un plan circulaire, les rues formant des cercles concentriques autour de l’église ou du château. On le doit à Krzysztof Pawlowski, un architecte polonais auteur d’une étude sur ce type d’urbanisation parue en 1992. Pour Pawlowski ce modèle de construction, date de l’An Mil et est donc antérieur de quelque deux cents ans à celui des bastides, dont les rues se coupent à angle droit. Pour lui il est la première apparition d’un urbanisme organisé qui succède à l’anarchie qui régnait jusque là. Le Vicomte Bernard Aton IV, de la lignée des Trencavel, soucieux de mailler son territoire avec des villages fortifiés, en serait l’initiateur.
Hypothèse contestée par d’autres historiens pour lesquels la construction en cercle serait la plus simple au niveau de l’arpentage. Les murs des maisons tournés vers l’extérieur du village en constituaient les remparts. Le dispositif offrait l’avantage, par l’absence d’angle mort, de pouvoir être mieux défendu en cas d’attaque.Une autre idée avancée est la symbolique religieuse que constituait le cercle dans le monde médiéval. Le cercle était en effet considéré comme une ligne parfaite. D’ailleurs dans la cosmologie ancienne, qu’il s’agisse du système géocentrique de Ptolémée ou de celui, héliocentrique, de Copernic les planètes étaient censées décrire des orbites circulaires et non elliptiques comme le démontrera plus tard Kepler. Pour les spécialistes il faut distinguer les villages ecclésiaux des villages castraux. Les premiers, construits autour de l’église, permettaient d’être « abrité » dans le périmètre de la « paix de Dieu » limité par un cercle de  30 ou 60 pas autour du lieu de culte. Les seconds correspondaient à une autre conception de la protection qui se manifestait dans un système de défense articulé autour du château. La construction en circulades a vu son apogée en 1080 – 1130. Si le Languedoc n’est pas le seul à posséder des vestiges de ce modèle d’urbanisme il est la région d’Europe où il est le plus répandu. On a recensé quelque 90 villages en circulades et la plupart se sont regroupés dans l’association « Circulades » qui s’est créée en 1993, conséquence, et ce n’est pas son moindre mérite, de  la parution de l’ouvrage de Pawlowski.  Son siège est à la mairie de Paulhan. Dans le Biterrois les circulades sont nombreuses. La plus classique est sans doute Murviel les Béziers. Mais la structure est reconnaissable ailleurs : à Boujan, Caux, Puisserguier, Roujan… A Cessenon, village castral (l’église avait été construite « hors les murs »), la circulade n’est identifiable que par une vue aérienne. La plus spectaculaire des circulades est peut-être celle d’Aigne dans le Minervois. Son développement a la forme d’une spirale et on l’appelle « Lo cagaraul » (l’escargot.)
Bram dans l’Aude,  village ecclésial, offre à la vue une circulade très régulière

Jacques Cros