Une construction… énigmatique
Le Four à cade...

Elle se trouve sur la commune de Vieussan, sur la rive droite du ruisseau d’Estaussan lequel, vers son confluent avec l’Orb, porte le nom de ruisseau du Pontil. Nous vous donnons tout de suite une précision : elle n’est pas accessible en voiture, il s’en faut de beaucoup !

Visiblement c’est un four. Ce n’est cependant pas un four à chaux car il est de dimension modeste : 1 m 50 de hauteur peut-être ? Il est fort bien construit et fort bien conservé. Il a la forme d’une jarre ventrue et l’ajustement des pierres qui le forment est quasiment parfait. Il est enfoui dans la terre, la partie inférieure est ouverte pour recevoir le combustible, le haut est fermé par une lauze qui le protège. Une galerie étroite dont nous n’avons pas compris le rôle, débouche sur la gauche de cette entrée. Tout à côté un abri sommaire est écroulé. Sans doute servait-il à la personne qui le faisait fonctionner.






Une vue de dessus de la construction
Photos Paul Barbazange



Vue générale du four
Photo Paul Barbazange


 

Qu’est-ce donc ? Le topo-guide d’une randonnée qui signale sa présence indique qu’il s’agit d’un four à lavande. L’hypothèse ne peut pas être retenue, il y a peu de lavande dans le secteur, pas suffisamment en tout cas pour une production de l’huile essentielle qu’on peut en extraire.

Il doit probablement s’agir d’un four à cade. Les cades sont abondants dans le secteur. Par distillation de son bois on pouvait obtenir de l’huile de cade. Elle était utilisée dans le traitement d’une maladie du pied du mouton, le piétin. Il ne devait pas manquer de troupeaux à Vieussan à l’époque où le four était en activité.

Nous n’avons d’ailleurs aucun renseignement sur la date de celle-ci. Nous savons que du côté du Pic Saint Loup existe toujours une distillerie artisanale de cade. L’huile essentielle ainsi obtenue sert en pharmacie, dans les traitements dermiques en particulier. Certains savons en contiennent, le savon Cadum par exemple doit son nom à l’une des matières premières qui entrent dans sa composition. L’huile de cade est employée comme shampoing et ceux qui la vendent prétendent qu’elle fait repousser les cheveux. Les Romains eux,  s’en servaient pour embaumer leurs morts.

Le cade est un cousin du genévrier. Mais alors que celui-ci a un feuillage bleuté celui-là donne plutôt sur le vert. Le nom scientifique du premier est Juniperus oxycedrus alors que celui du second est Juniperus communis. Le mot juniperus vient du Celte « gen » (buisson) et « prus » (âcre). Par ailleurs les baies du genièvre, dont on parfume la choucroute, sont bleues à maturité tandis que celles du cade, plus grosses, sont marron. La feuille du genévrier présente une bande blanche sur le dessus, celle du cade en a deux (d’où l’astuce mnémotechnique : « cade / qu’a deux »). Elles sont verticillées, c’est à dire qu’elles sont placées en anneau, par trois, au même niveau sur la tige.


Genévrier et cade ont un parent, le genévrier de Phénicie, Juniperus Phœnicea, dont le port le fait ressembler à un cyprès. Ce sont des arbustes dioïques, certains plants portent les éléments mâles, les autres les éléments femelles.

Le bois du cade se prête admirablement au polissage. Il est recherché pour la marqueterie.

Ajoutons que pendant les épidémies de peste ou de choléra on enflammait des branches de genévrier tandis que la sciure de cade, brûlée dans des lampes de Merlin, était censée faire fuir les sorcières !



Feuilles et baies du cade

Jacques Cros