Qu’est-ce
donc ? Le topo-guide d’une randonnée qui signale sa présence
indique qu’il s’agit d’un four à lavande. L’hypothèse ne peut
pas être retenue, il y a peu de lavande dans le secteur, pas
suffisamment en tout cas pour une production de l’huile essentielle
qu’on peut en extraire.
Il
doit probablement s’agir d’un four à cade. Les cades sont
abondants dans le secteur. Par distillation de son bois on
pouvait obtenir de l’huile de cade. Elle était utilisée dans
le traitement d’une maladie du pied du mouton, le piétin.
Il ne devait pas manquer de troupeaux à Vieussan à l’époque
où le four était en activité.
Nous
n’avons d’ailleurs aucun renseignement sur la date de celle-ci.
Nous savons que du côté du Pic Saint Loup existe toujours
une distillerie artisanale de cade. L’huile essentielle ainsi
obtenue sert en pharmacie, dans les traitements dermiques
en particulier. Certains savons en contiennent, le savon Cadum
par exemple doit son nom à l’une des matières premières qui
entrent dans sa composition. L’huile de cade est employée
comme shampoing et ceux qui la vendent prétendent qu’elle
fait repousser les cheveux. Les Romains eux, s’en servaient pour embaumer leurs morts.
Le
cade est un cousin du genévrier. Mais alors que celui-ci a
un feuillage bleuté celui-là donne plutôt sur le vert. Le
nom scientifique du premier est Juniperus oxycedrus
alors que celui du second est Juniperus communis. Le
mot juniperus vient du Celte « gen »
(buisson) et « prus » (âcre). Par ailleurs
les baies du genièvre, dont on parfume la choucroute, sont
bleues à maturité tandis que celles du cade, plus grosses,
sont marron. La feuille du genévrier présente une bande blanche
sur le dessus, celle du cade en a deux (d’où l’astuce mnémotechnique :
« cade / qu’a deux »). Elles sont
verticillées, c’est à dire qu’elles sont placées en anneau,
par trois, au même niveau sur la tige.
Genévrier
et cade ont un parent, le genévrier de Phénicie, Juniperus
Phœnicea, dont le port le fait ressembler à un cyprès.
Ce sont des arbustes dioïques, certains plants portent les
éléments mâles, les autres les éléments femelles.
Le
bois du cade se prête admirablement au polissage. Il est recherché
pour la marqueterie.
Ajoutons
que pendant les épidémies de peste ou de choléra on enflammait
des branches de genévrier tandis que la sciure de cade, brûlée
dans des lampes de Merlin, était censée faire fuir les sorcières !