LES CAPITELLES

Il y a plusieurs décennies, les bergers s'y arrêtaient pour se reposer. Ils y ont laissé des empreintes indélébiles que chacun peut découvrir... Il faut dire que la pierre ne manque pas, mais faut-il encore savoir la disposer pour bâtir un édifice quel qu'il soit, sans béton, sans mortier, en pierre sèche ). Celles-ci se trouvent sur des terres plantées de vigne et d'olivier, ou dans des friches. Aujourd'hui connues sous le nom de "Capitelles"(désignation courante dans une large région). Nombre de cabanes sont de forme cylindrique. Certaines étant cubiques portent alors la désignation de "mas carrés".


Le grand territoire du Minervois est parsemé de murs, murailles, murettes, ponceaux, puits, garennes, cabanes et capitelles qui lui donnent un cachet particulier harmonieusement réparti et varié. Certaines cabanes ont été construites depuis des dizaines de siècles et si le temps les a usées, elles sont encore bien visibles, démolies en partie par des chasseurs peu scrupuleux qui sont allés fouiller dans les recoins pour récupérer un lapin "saigné" ou en furet endormi...



Outre ces cabanes, les exploitations agricoles présentent d'autres constructions utilisant les grosses pierres rassemblées en bordure des parcelles cultivées : murs délimitant les propriétés, tantôt soutenant les étagères, tantôt longeant un écoulement d'eau, avec aménagements particuliers tels que des abris intégrés, et des escaliers.




On trouve très souvent dans la garrigue Languedocienne, particulièrement dans les pechs caillouteux, de ces constructions curieuses, en pierres sèches, que l’on appelle capitelles. Elles étaient appelées ainsi par les Romains, le mot venant du Latin caput (tête), précisément parce qu’elles permettaient d’abriter la tête.

Le Topo-guide des sentiers de randonnées, HERAULT Coteaux de l’ORB et du VERNAZOBRES, édité en partenariat avec le Conseil Général, donne une description fort juste de leur construction : « Les murs en sont minutieusement agencés, les pierres se superposent et forment chaque fois une avancée de trois à quatre centimètres sur les précédentes si bien qu’à l’intérieur, l’espace se rétrécit. Elles se rejoignent et donnent une voûte. Au sommet une large pierre, sorte de clef de voûte, colmate l’ouverture ». A vrai dire on ne peut se tenir debout, et encore à condition de ne pas être trop grand, qu’au centre de la capitelle.

Bien que cet appareillage en pierres sèches soit semble-t-il hérité de l’art de la construction de la préhistoire, la plupart ont été édifiées à la fin du XIXème ou au début du XXème au moment de l’épierrage des terrains que l’on destinait à être plantés en vignes. Elles servaient d’abri pour les hommes, les outils, voire les produits nécessaires à la viticulture : soufre, sulfate, engrais...

L’épierrage s’accompagnait également de la construction de murs en pierres sèches pour la constitution de terrasses (rives, faisses, barres) permettant d’avoir des surfaces moins en pente. Quand, malgré ce, il y avait surplus de pierres, on en faisait des amas, les clapas. Très souvent les capitelles s’intègrent dans les clapas, et même quelquefois aussi dans les murs de soutènement.

Les capitelles s’apparentent aux bories que l’on peut voir dans le Lubéron. Toutefois dans le cas des bories les murs sont plus proches de la verticale et les dalles qui ferment la toiture sont bien plus larges. En fait il s’agit d’une fausse voûte. Par ailleurs les bories sont de plus grandes dimensions et ont pu servir d’habitat permanent.

Dans la région on peut découvrir de nombreuses capitelles sur les pechs situés dans un triangle SAINT CHINIAN / CEBAZAN / VILLESPASSANS. Pour certaines la voûte s’est effondrée, ce qui permet de bien voir comment les murs se ferment vers le sommet de l’édifice. On en a construit une, fort bien faite, dans la grande salle du Musée Saint Jacques.

A propos des clapas il est un proverbe Occitan qui exprime, d’une autre manière, l’idée contenue dans celui qui dit, en Français, « Il pleut toujours sur les mouillés ». La version Occitane donne (orthographe communiquée par notre ami Claude MOLINIER): « Las pèiras rotlan onte i a los clapases ». Il ne doit pas être nécessaire de traduire !

 Jacques CROS